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La symbolique de l’Etat rétablie/El Wely Sidi Heiba

Les pays dont les civilisations anciennes ont rayonné sur le monde depuis l’antiquité, sont fiers de la splendeur léguée à la postérité par les vestiges de leurs édifices fonctionnels et institutionnels souverains, fortement enracinés dans leur culture sociale, morale, civique, politique, et qui sont demeurés un témoignage tenace face aux éléments coriaces et ravageurs de la nature, ainsi qu’aux évolutions et bouleversements historiques incessants.

La Grèce, l’Italie et la Chine entretiennent encore les vestiges de leurs institutions, jadis, souveraines et hauts lieux de la consultation et du dialogue.

La même attention est accordée aux anciens édifices fonctionnels et pratiques qui remontent aux anciennes époques de leurs brillantes civilisations, du temps de la République de Platon et des débats houleux au sein des parlements de Rome ; Des vestiges dont la pose de la première pierre remonte à plusieurs dizaines de siècles.

Ces pays, et d’autres encore qui ont de brillantes civilisations, magnifient avec fierté les édifices construits par les générations successives, forts en cela du passé glorieux et prompte à s’arrimer à l’air des temps modernes, dans la rigueur de la poursuite du processus de représentation et de la relève constante des défis et des obstacles qui se dressent sur la voie de la constance.

Les Néerlandais sont fiers du Binnenhof à La Haye, le plus ancien parlement « en service » au monde. Sa construction remonte au XIIIe siècle et constitue le siège des activités politiques des Pays-Bas depuis 1584.

L’ancien palais royal de Westminster abrite dans ses murs le Parlement britannique, le plus ancien parlement du monde, l’histoire des parlements britanniques remontant au XIIe siècle.

L’Assemblée nationale française est située au Palais Bourbon dans le 7e arrondissement de Paris sur la rive gauche de la Seine, dans un bâtiment qui abrite toutes les chambres basses du Parlement français depuis 1799.

Dans le monde arabe, les Syriens ne sont pas en reste des autres nations anciennes à considérer l’importance des institutions démocratiques, fonctionnelles et pratiques liées aux affaires, à la renaissance et à la stabilité du pays. Le 29 mai 1945, le général français Olivia Roger lance un ultimatum au président du Parlement syrien. S’en suivit une bataille qui se termina par une intervention musclée des forces d’occupation françaises causant d’importants dégâts au mythique bâtiment.

En Mauritanie, le siège emblématique du Sénat, qui servait depuis sa construction aux premiers jours de l’indépendance de l’État naissant, de bastion démocratique et de haut lieu de débats d’hommes honnêtes et patriotes, est systématiquement démoli en décembre 2018. Le même sort sera, plus tard, réservé à des établissements d’enseignement, des casernes militaires et autres bâtiments publics symboliques.

L’édifice du parlement, à défaut d’être démoli, va devenir le lieu de prédilection des rompus au soutien de la corruption et de la gabegie, ainsi que le théâtre de tous les conflits féodaux et idéologiques stériles et du mercantilisme politicien.

Le lancement de projets structurants qui focalisent l’attention accordée à la pose des fondements de la symbolique de l’État et de son élévation, doit être considéré, au-delà de la dimension architecturale et des manifestations matérielles, comme relevant de l’intérêt qu’accorde le Président de la République Mohamed Ould Cheikh El Ghazouany à l’institutionnalisme en tant qu’option qui met l’accent sur le rôle joué par les institutions dans l’économie, et plus généralement sur les faits socioculturels dans l’approche de la réalité, et qui doivent être constamment consolidées et responsabilisées pour exercer leurs rôles essentiels dans l’espace public en :

– affirmant son indépendance,

– préservant son impénétrabilité,

– mettant en avant tout rôle dans la consolidation de l’État et l’affermissement de son prestige.

La construction de sièges permanents et définitifs de l’Assemblée Nationale, du Conseil Constitutionnel, du Conseil Economique, des Tribunaux, de la Haute Autorité de la Presse et de l’Audiovisuel et des sièges de Ministères, est l’expression d’un énorme effort réussi ; Effort d’autant plus significatif qu’il va corriger les déficiences manifestes des structures de l’État et réduire les dysfonctionnements qui l’ont très longtemps ankylosé, empêchant par de delà les accumulations positives de prouver leur efficacité sans restrictions ni d’obstacles, et de permettre dans un espace emblématique de la souveraineté de l’Etat, l’orientation de ses politiques stratégiques, la définition des méthodes et approches de son action et l’accomplissement de ses objectifs.

De même que la construction de ces édifices, comme certains ont tenté en vain d’en minimiser l’importance et d’en réduire la portée, avec sarcasme, voulant faire croire que l’événement est une action de construction ordinaire, par un tour de bras, de bâtiments anonymes, n’est pas que cela. Il s’agit, bien au contraire, d’une œuvre édificatrice colossale de restitution de toute la symbolique de l’Etat fort et de ses profondes connotations ; Une symbolique longtemps négligée mais qui va désormais s’enraciner pour être ressentie et éprouvée à travers son institutionnalisation et l’action pérenne de sa consolidation qui s’en suivra.

Est-il raisonnable que les institutions de la souveraineté de l’État constitutionnel continuent, comme elles le font depuis leur création, à louer des bâtiments anonymes et inadaptés, consacrant de fait l’occultation sans appel de leur grande symbolique et portant gravement atteinte à leurs autonomie et prestige ?

C’est pourtant à leur création que ces institutions étatiques, qui incarnent la République dans sa quintessence, devraient être fièrement installées dans des espaces autonomes propres qui reflètent et mettent en valeur leur haute symbolique.

Le mal est, aujourd’hui, réparé et la construction d’édifices sièges à la hauteur des grandes missions des institutions de souveraineté de la République, consacrera désormais le rejet de la culture et des pratiques de la migration et de l’improvisation qui affectent gravement la mission de l’État, et ancreront dans un nouvel élan novateur, celle du civisme et de la modernité.

Nul doute que cette approche, qui s’inscrit dans le programme du Président de la République, M. Mohamed Ould Cheikh Al-Ghazouani, révèle clairement d’une vision éclairée et bien pensée pour le volet l’édification de sièges autonomes et solides pour les institutions.

Cette vision reflète l’amorce une démarche d’échelonnement progressif de priorisation et d’autonomisation des composantes institutionnelles étatiques vitales aux fins de satisfaire, d’une part, aux préoccupations sociales et de développement, et de promouvoir l’État à travers la réhabilitation de toute sa symbolique qui crée les conditions pratiques du progrès et garantit l’indépendance et la performance de toutes ses institutions, d’autre part.

 

 

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