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Entretien avec Moctar Ahmed Yedaly, Ministre mauritanien de la Transformation Numérique

Afrique IT News – Dans une interview exclusive accordée à AITN, Moctar Ahmed Yedaly, Ministre mauritanien de la Transformation Numérique, de l’Innovation et de la Modernisation de l’Administration, a révélé les objectifs ambitieux et les politiques mises en place pour stimuler le développement du numérique en Mauritanie.

Lors de sa présence au Gitex à Marrakech, le ministre a exposé deux objectifs clés : la signature d’un Mémorandum d’Entente pour créer un cloud en Mauritanie et renforcer les capacités nationales, ainsi que l’exploration des solutions africaines innovantes. Depuis la création d’un département dédié à la transformation numérique, la Mauritanie s’est engagée dans un agenda numérique axé sur l’infrastructure, les applications et l’environnement favorable.

L’objectif principal est d’assurer un accès généralisé aux technologies numériques d’ici 2024. Le ministre a également souligné l’importance de l’innovation et du changement de mentalité au sein de l’administration pour maximiser les avantages des solutions numériques.

La Mauritanie veut devenir un acteur majeur du développement numérique en Afrique. M. Yadaly a aussi souligné la nécessité d’une stratégie pour promouvoir l’intégration numérique à l’échelle de tout le continent.

Vous êtes au Gitex à Marrakech, quel est l’objectif de votre présence ici ?

Il y a deux objectifs : l’un direct et l’autre indirect. Le premier objectif direct est de signer un Mémorandum d’Entente avec un groupe basé aux Émirats arabes unis pour développer un cloud en Mauritanie et renforcer les capacités nationales dans ce domaine. L’autre objectif est indirect, il s’agit de voir comment la première édition du Gitex se déroulera et de saisir l’occasion pour rencontrer des acteurs proposant des solutions africaines innovantes sur le terrain. Cela nous permettrait soit de les reproduire, soit d’aller encore plus loin. Ce sont les deux raisons qui m’ont poussé à venir au Gitex.

Concernant votre pays, la Mauritanie, quelles politiques ont été mises en place pour développer le numérique ?

Il faut comprendre l’histoire de la Mauritanie dans ce domaine. Jusqu’à récemment – il y a deux ans – la Mauritanie n’avait pas d’entité indépendante dédiée exclusivement à la transformation numérique. C’étaient toujours des ministères ou des secrétariats d’État créés pour d’autres secteurs (Fonction Publique, Enseignement supérieur, etc.) qui s’en occupaient dans le cadre du développement des Nouvelles Technologies à l’époque. Nous étions néanmoins des pionniers dans ce domaine. Les premières régulations multisectorielles en la matière ont d’ailleurs été introduites en Mauritanie dès 1999. Le Président actuel, M. El-Ghazouani, a reconnu l’importance de créer un département spécifiquement dédié à la transformation numérique, à l’innovation et à la modernisation de l’administration. En réalité, il est impossible de fonctionner pleinement dans ce contexte sans une administration agile et moderne.

Depuis sa création, le département s’est attelé à mettre en place un agenda numérique. Je n’ai pas encore mentionné la stratégie. Nous avons mis en place un agenda numérique car des solutions urgentes étaient nécessaires, couvrant la période 2020-2025, tandis que nous travaillons sur la stratégie pour 2023-2030. L’agenda numérique sur lequel nous travaillons actuellement comprend une centaine de projets répartis autour de trois axes.

Le premier axe est l’accès, c’est-à-dire l’infrastructure fondamentale. Le deuxième axe consiste à mettre en place toutes les applications nécessaires pour bénéficier de la transformation numérique, et le troisième axe vise à créer un environnement favorable grâce à la mise à jour des lois, entre autres. Nous avons franchi cette étape. Le premier objectif a été atteint, puisque nous avons actualisé toutes les lois et nous utilisons déjà tous les outils numériques. Nous sommes en cours de déploiement pour devenir, d’ici 2024, un acteur majeur dans la mise en œuvre de notre agenda numérique.

Justement, en ce qui concerne cela, quelles sont les priorités essentielles ?

La priorité numéro un est l’infrastructure, et la priorité numéro deux est l’accès, qui revêt une grande importance. Comme vous le savez, les applications et les plateformes sont devenues de plus en plus disponibles et abordables pour tous les secteurs. L’accès est la priorité. Nous pensons avoir mis en place une stratégie pour garantir un accès total. J’ai bien dit un accès total et, si Dieu le veut, cet accès total pourrait être réalisé d’ici 2024.

Votre portefeuille, Monsieur le Ministre, couvre également la modernisation de l’administration et l’innovation. En quoi cela est-il lié au numérique et comment tout cela se recoupe-t-il ?

Aujourd’hui, le numérique nous impose de nombreux changements. Il influence notre façon d’étudier, d’interagir, de faire du commerce, de nous soigner, etc. Tout cela nous oblige à rester innovants pour trouver des solutions d’apprentissage en ligne, de télémédecine, etc. Cela nécessite également de changer la mentalité de l’administration, car même si nous disposons d’applications, si l’administration elle-même ne peut pas les intégrer dans ses activités, ce n’est pas bénéfique. C’est pourquoi nous avons décidé de mettre en place un ministère transversal. Cela permet à la fois de mener une transformation numérique efficace, de promouvoir une bonne gouvernance et de garantir la mise en œuvre de notre agenda. Nous souhaitons innover dans nos actions, nous adapter à des conditions spécifiques et changer l’ensemble du système : les procédures, la manière de se rendre à l’hôpital, etc.

En ce qui concerne l’administration, le changement implique également la mise en place d’une identité numérique et de nombreuses autres mesures pour permettre à l’administration de s’adapter à notre époque. Par exemple, avec le télétravail, devons-nous continuer à nous rendre dans les bureaux ? Ce sont des questions fondamentales que nous nous posons, et il est crucial que l’administration accompagne ces évolutions.

Dernière question, Monsieur le Ministre. La Mauritanie est une passerelle entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne. Aujourd’hui, on peut dire que l’Afrique doit combler son retard par rapport aux autres régions du monde. Pensez-vous qu’il faudrait avoir une stratégie continentale ou régionale ?

J’ai eu l’honneur, au sein de l’Union africaine, de faire adopter la première Stratégie numérique de l’Afrique pour la période 2020-2030. La stratégie est là, ses éléments sont modernes et ont été préparés de manière inclusive. L’Afrique s’appuie d’abord sur les principes fondamentaux de l’Union africaine, notamment l’Agenda 2063. Ensuite, il y a eu l’accord d’Abuja en 1993. Et maintenant, nous parlons de transformation numérique. Toutes les conditions politiques et les aspirations sont réunies pour y parvenir.

Ce qui reste maintenant, c’est de mettre en place tout cela et de l’exécuter. Il faut mettre en place des mécanismes agiles, avec une gouvernance centrale sous la direction de l’UA. Chaque pays doit jouer son rôle pour que nous puissions y arriver. Chaque pays doit s’assurer de la mise en place d’une infrastructure. C’est à partir de là que nous pourrons résoudre le problème de l’intégration et avoir des réalisations qui nous appartiennent, faites par nous-mêmes et pour nous-mêmes.

Par Abdoulaye Sène

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