Opinion

Handeya : « Notre soutien au candidat Ghazwani n’est pas le fruit d’un quelconque…

Le Calame – marchandage mais le résultat d’une certaine identité de vues », explique Mohamed Vall Handeya, président du Courant de la Charte pour l’Egalité Citoyenne.

Le Calame : Dans une déclaration qu’il a rendue publique le 28 mars, le courant de la Charte pour l’Egalité Citoyenne a apporté son soutien au candidat Ghazwani. Est-ce que ce n’est pas principalement parce qu’il est votre frère d’armes que vous le soutenez ?

Mohamed Vall Handeya : Je considère que la fraternité des armes est quelque chose de très important, surtout pour des anciens officiers comme lui et moi en ce sens qu’elle permet à chacun d’entre nous de faire une appréciation objective de l’autre, compte tenu de son background professionnel et dans des conditions autres que celles de la fausse configuration dictée par l’ambiance politico-électorale actuelle.

Cependant, la pratique politique chez nous et partout ailleurs, a montré que de telles considérations corporatistes n’ont aucune influence sur l’orientation politique des individus. Ce n’est certainement pas parce que le candidat Ghazwani est un ancien officier comme moi que notre mouvance l’a soutenu. Ce soutien procède d’une toute autre logique et pour des raisons purement politiques. D’ailleurs, à supposer que ce soutien soit motivé par ce que vous dites, que compterait mon opinion personnelle dans une mouvance politique au sein de laquelle les anciens militaires se comptent sur les droits d’une main ?

A la base donc de ce soutien se trouve une convergence de vues, longuement et franchement discutée avec le candidat, sur les solutions à apporter aux grands problèmes de l’heure dont souffre notre pays. Parmi ceux-ci se trouvent notamment les tares congénitales de la Mauritanie moderne comme les pratiques esclavagistes et leurs séquelles, les inégalités croissantes et les injustices sociales, les compartimentalisations et stratifications sociales, l’accroissement du cloisonnement et de la différenciation de notre peuple en catégories sociales, ethniques, voire raciales…etc. L’enseignement équitable à travers l’école républicaine pour tous nos enfants, la réparation des injustices du passé ainsi que des programmes spécifiques pour traiter des questions d’équité, d’intégration et d’harmonie sociales ont également été abordées.

C’est vous dire que notre soutien au candidat Ghazwani n’est pas du tout le fruit d’un quelconque marchandage mais bien le résultat d’une certaine identité de vues sur le traitement de la majeure partie des problèmes pendants.

Ce candidat appartient à un régime, voire un système, qui gouverne ce pays et donc responsable des inégalités contre lesquelles s’est élevé le Manifeste des Haratines, il y a quelques années. Avez- vous le sentiment qu’il pourra accéder aux droits que vous réclamez? Qu’attendez-vous véritablement de lui ?

Effectivement, « ce candidat appartient à un régime, voire à un système qui gouverne ce pays » comme vous dites, bien qu’il se soit toujours abstenu, au moins en apparence, de se mêler des affaires politiques. Ce régime a, d’autre part, hérité des inégalités contre lesquelles s’est élevé le Manifeste pour les Droits des Haratines, il y a de cela six ans. Il est donc responsable de ces inégalités proportionnellement à l’effort qu’il a consenti ou non pour les réparer ou les raffermir. Mis à part l’arsenal juridique initié par ce pouvoir pour combattre les pratiques esclavagistes, il est difficile de déceler d’autres indicateurs, dans son bilan, allant dans le sens de la réparation des injustices et de la réduction des inégalités.

J’ai perçu, chez le candidat Ghazwani, la volonté de réaliser des avancées notables dans ces domaines, sinon je ne l’aurai pas soutenu. Quant à ce que je pourrais attendre de lui, il est à la mesure des ambitions que je nourris pour mon pays. Succintement, cela se résume à apaiser la scène politique nationale et de mettre en chantier les réformes nécessaires pour rapatrier au sein de la nation la majorité sociale des mauritaniens exclus en leur donnant un minimum de droits et de moyens : assurer l’égalité des chances, privilégier le mérite, réhabiliter l’Etat de droits, mettre fin aux privilèges indus, restaurer l’école républicaine, lutter sans merci contre la gabegie, la pauvreté et le chômage, mettre en place un système sanitaire performant…etc.

Je lui souhaite également d’avoir suffisamment de clairvoyance, de subtilité et d’entrain pour faire de la Mauritanie un centre de prospérité économique et de rayonnement culturel et civilisationnel dans la sous-région et, pourquoi pas, dans le monde.

Qu’ est – ce qui vous fait croire que sa gouvernance sera différente de celle d’Ould Abdel Aziz qui s’était engagé à éradiquer la gabegie et à rétablir l’égalité entre les composantes du pays et a fait adopter plusieurs textes contre l’esclavage et en faveur des droits de l ‘homme sans réussir à tenir son pari ?

J’espère bien que le règne de Ghazwani sera différent et plutôt meilleur de celui de tous ses prédécesseurs. Ceci dit, il est vrai que je n’ai jamais été d’accord avec la politique du président Aziz et c’est pourquoi je ne l’ai jamais soutenu. L’expérience et le tempérament du candidat Ghazwani, la maturation de la classe politique nationale et les perspectives économiques prometteuses me laissent présager d’un style de gouvernance plus décontracté et plus ouvert que celui de la période Aziz. L’environnement géopolitique et les impératifs du moment, doublés des données objectives évoquées plus haut, imposent de tels choix.

Les inégalités ou injustices dont a parlé le candidat Ghazwani relèvent d’un système ou des hommes qui ont eu à gouverner le pays? Comment Ghazwani entend-il s’y attaquer ? Pourra-t-il faire mieux qu’Ould Abdel Aziz ?

La détermination du candidat Ghazwani à mettre fin aux inégalités et aux injustices, clairement affichée dans sa déclaration de candidature à la présidentielle, est tout à son honneur. C’est bien la première fois qu’un candidat issu du pouvoir formule avec force de telles intentions. Ce n’est pas rien. Quant à la manière de s’y attaquer, il en a lui-même esquissé une première ébauche dans son discours de candidature et je le cite : « Il comptera parmi nos priorités la prise en compte des injustices sociales ou économiques subies par une quelconque composante de notre cher peuple à travers son histoire. Pour cela, nous userons massivement de tous les mécanismes appropriés et propres à faire en sorte que chacun des leurs se sente digne et fier d’appartenir à notre chère patrie. »

Ces deux phrases résument tout un programme.

C’est pourquoi j’espère et je souhaite ardemment qu’il fasse mieux qu’Ould Abdel Aziz. D’ailleurs quel patriote mauritanien ne le souhaiterait-il pas ; y compris le président Aziz lui-même ?

En soutenant Ghazwani, vous allez travailler avec les partis de la majorité, en particulier, l ‘UPR. Quelle place occupera le courant de votre charte dans le dispositif de campagne ?

Nous allons travailler effectivement avec tous les soutiens du candidat, y compris les partis de la majorité présidentielle et l’UPR. Mon expérience et ma connaissance de la classe politique durant ces 15 dernières années, m’ont appris qu’à quelques exceptions près, les cadres de l’opposition et ceux du pouvoir présentent tant de similitudes dans leurs approches et leurs convictions au point d’être interchangeables. C’est dire que le milieu dans lequel nous évoluerons, ne nous sera pas complètement étranger. Ce qui compte le plus c’est la locomotive qui draine derrière elle toute la panoplie de ses soutiens. En ce sens, je crois que le candidat Ghazwani est un bon cheval de bataille pour remporter haut la main la prochaine présidentielle et j’espère bien qu’il saura toujours distinguer le bon grain de l’ivraie, durant sa campagne et une fois élu président de la République. Quant à la place qu’occupera le Courant de la Charte pour l’Egalité Citoyenne, je le laisse à la discrétion du candidat. Toutefois, soyez sûr que nous ne ménagerons aucun effort, où que soit notre place, pour le faire élire dès le premier tour de la prochaine présidentielle.

Certains se demandent pourquoi vous ne soutenez pas le candidat Biram ou Ould Boubacar. Que leur répondez-vous ?

Il est certain que les candidats dont vous avez parlé, sont des personnalités de grande envergure nationale. Certes, elles ont eu, dans leur parcours, des trajectoires politiques parallèles. L’un d’entre eux, en l’occurrence Ould Boubacar, est un apparatchik du système durant les 30 dernières années, qui a toujours pris fait et cause et épousé les positions de nos gouvernants sur les grandes questions qui agitent la scène politique nationale. S’il se présente aujourd’hui sous un jour nouveau, la crédibilité fait défaut. Le soutenir est à mon sens une caution pour les régimes antérieurs au sein desquels il fut premier ministre à deux reprises et président du Parti-Etat : le PRDS. Et comme je ne suis pas nostalgique de ces périodes obscures, je ne soutiendrai pas le candidat Ould Boubacar. Quant au second candidat, M. Biram Dah Abeid, je partage avec lui notre combat commun contre l’esclavage et pour une meilleure prise en compte des revendications des pauvres et des exclus, particulièrement la couche Haratine. Ces domaines d’action qui nous lient en tant qu’activistes de la société civile – avec ce que cela suppose comme devoir de solidarité et d’appui mutuels – ont toujours été circonscrits à ce niveau-là et n’ont jamais glissé vers le champ politique.

Ceci dit, je constate que, contrairement aux autres candidats, le candidat Ghazwani, malgré ses multiples sollicitations, a pris l’initiative de nous convier à une discussion franche. Le compte rendu de ces entretiens ayant été fait à nos amis qui ont décidé aussitôt de soutenir le candidat Ghazwani.

Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à créer le courant de la Charte pour l’Egalité Citoyenne?

En 2012, nous avons pris conscience que la problématique des Haratine n’a jamais été intellectuellement traitée et suffisamment analysée pour dégager les solutions idoines nous permettant de sortir de cette tragédie nationale. Cette prise de conscience a conduit, quelques mois plus tard, à la publication du MANIFESTE pour les droits politiques, économiques et sociaux des Haratines au sein d’une Mauritanie unie, égalitaire et réconciliée avec elle-même.

Dans le même sillage, nous avons pris conscience, au début du 2ème semestre 2018, de la nécessité de faire face à la logique de division et de différenciation et de notre peuple sur des bases raciales, éthiques, tribales, régionales ou suivant les strates des catégories sociales. Ce déchirement du tissu social qui semble s’accélérer, nous a incités à entreprendre la conception d’un document que nous avons titré CHARTE DE L’EGALITE CITOYENNE. Nous ambitionnons, à travers ce document, de susciter un sursaut national et un élan de patriotisme de tous les mauritaniens pour inverser cette tendance et s’unir sur l’essentiel.

C’est ainsi qu’est née le COURANT DE LA CHARTE POUR L’EGALITE CITOYENNE.

Qu’est-ce qui explique, à votre avis, l’échec de la tentative de l ‘AEOD à trouver un candidat de consensus ?

L’échec de la tentative de l’AEOD de s’unir derrière un candidat unique, est à mon avis dû aux agendas politiques divergents de ses membres. L’existence au sein de cette coalition de partis conservateurs comme Tawassoul et d’autres partis de gauche comme l’UFP, ne pouvait résister à l’épreuve de vérité que constitue une candidature unique à la présidentielle. Celle-ci présuppose l’élaboration d’un programme commun entre entités politiques idéologiquement divergentes. Ils ne sont unis que par leur opposition au régime d’Ould Abdel Aziz. A part cela, chacun a sa propre vision et ses propres calculs politiques. C’est vous dire que cet échec était tout de même prévisible…

Quand est-ce que cette charte a vu le jour ? Est-ce à dire que vous avez tourné la page du Manifeste dont vous êtes l’un des fondateurs?

Dans ma réponse à une question précédente, j’ai expliqué la genèse de cette charte. Loin de tourner la page du Manifeste, cette CHARTE ne fait que le renforcer en abordant les problèmes posés par le Manifeste sous un angle plus global en y incluant la dimension politique. Autrement dit, le MANIFESTE pour les droits des Haratines traite d’un problème social spécifique à une communauté alors que la CHARTE DE L’EGALITE CITOYENNE est un document politique qui présente une vision novatrice pour la Mauritanie de demain.

Propos recueillis par Dalay Lam

Le Calame : Dans une déclaration qu’il a rendue publique le 28 mars, le courant de la Charte pour l’Egalité Citoyenne a apporté son soutien au candidat Ghazwani. Est-ce que ce n’est pas principalement parce qu’il est votre frère d’armes que vous le soutenez ?

Mohamed Vall Handeya : Je considère que la fraternité des armes est quelque chose de très important, surtout pour des anciens officiers comme lui et moi en ce sens qu’elle permet à chacun d’entre nous de faire une appréciation objective de l’autre, compte tenu de son background professionnel et dans des conditions autres que celles de la fausse configuration dictée par l’ambiance politico-électorale actuelle.

Cependant, la pratique politique chez nous et partout ailleurs, a montré que de telles considérations corporatistes n’ont aucune influence sur l’orientation politique des individus. Ce n’est certainement pas parce que le candidat Ghazwani est un ancien officier comme moi que notre mouvance l’a soutenu. Ce soutien procède d’une toute autre logique et pour des raisons purement politiques. D’ailleurs, à supposer que ce soutien soit motivé par ce que vous dites, que compterait mon opinion personnelle dans une mouvance politique au sein de laquelle les anciens militaires se comptent sur les droits d’une main ?

A la base donc de ce soutien se trouve une convergence de vues, longuement et franchement discutée avec le candidat, sur les solutions à apporter aux grands problèmes de l’heure dont souffre notre pays. Parmi ceux-ci se trouvent notamment les tares congénitales de la Mauritanie moderne comme les pratiques esclavagistes et leurs séquelles, les inégalités croissantes et les injustices sociales, les compartimentalisations et stratifications sociales, l’accroissement du cloisonnement et de la différenciation de notre peuple en catégories sociales, ethniques, voire raciales…etc. L’enseignement équitable à travers l’école républicaine pour tous nos enfants, la réparation des injustices du passé ainsi que des programmes spécifiques pour traiter des questions d’équité, d’intégration et d’harmonie sociales ont également été abordées.

C’est vous dire que notre soutien au candidat Ghazwani n’est pas du tout le fruit d’un quelconque marchandage mais bien le résultat d’une certaine identité de vues sur le traitement de la majeure partie des problèmes pendants.

Ce candidat appartient à un régime, voire un système, qui gouverne ce pays et donc responsable des inégalités contre lesquelles s’est élevé le Manifeste des Haratines, il y a quelques années. Avez- vous le sentiment qu’il pourra accéder aux droits que vous réclamez? Qu’attendez-vous véritablement de lui ?

Effectivement, « ce candidat appartient à un régime, voire à un système qui gouverne ce pays » comme vous dites, bien qu’il se soit toujours abstenu, au moins en apparence, de se mêler des affaires politiques. Ce régime a, d’autre part, hérité des inégalités contre lesquelles s’est élevé le Manifeste pour les Droits des Haratines, il y a de cela six ans. Il est donc responsable de ces inégalités proportionnellement à l’effort qu’il a consenti ou non pour les réparer ou les raffermir. Mis à part l’arsenal juridique initié par ce pouvoir pour combattre les pratiques esclavagistes, il est difficile de déceler d’autres indicateurs, dans son bilan, allant dans le sens de la réparation des injustices et de la réduction des inégalités.

J’ai perçu, chez le candidat Ghazwani, la volonté de réaliser des avancées notables dans ces domaines, sinon je ne l’aurai pas soutenu. Quant à ce que je pourrais attendre de lui, il est à la mesure des ambitions que je nourris pour mon pays. Succintement, cela se résume à apaiser la scène politique nationale et de mettre en chantier les réformes nécessaires pour rapatrier au sein de la nation la majorité sociale des mauritaniens exclus en leur donnant un minimum de droits et de moyens : assurer l’égalité des chances, privilégier le mérite, réhabiliter l’Etat de droits, mettre fin aux privilèges indus, restaurer l’école républicaine, lutter sans merci contre la gabegie, la pauvreté et le chômage, mettre en place un système sanitaire performant…etc.

Je lui souhaite également d’avoir suffisamment de clairvoyance, de subtilité et d’entrain pour faire de la Mauritanie un centre de prospérité économique et de rayonnement culturel et civilisationnel dans la sous-région et, pourquoi pas, dans le monde.

Qu’ est – ce qui vous fait croire que sa gouvernance sera différente de celle d’Ould Abdel Aziz qui s’était engagé à éradiquer la gabegie et à rétablir l’égalité entre les composantes du pays et a fait adopter plusieurs textes contre l’esclavage et en faveur des droits de l ‘homme sans réussir à tenir son pari ?

J’espère bien que le règne de Ghazwani sera différent et plutôt meilleur de celui de tous ses prédécesseurs. Ceci dit, il est vrai que je n’ai jamais été d’accord avec la politique du président Aziz et c’est pourquoi je ne l’ai jamais soutenu. L’expérience et le tempérament du candidat Ghazwani, la maturation de la classe politique nationale et les perspectives économiques prometteuses me laissent présager d’un style de gouvernance plus décontracté et plus ouvert que celui de la période Aziz. L’environnement géopolitique et les impératifs du moment, doublés des données objectives évoquées plus haut, imposent de tels choix.

Les inégalités ou injustices dont a parlé le candidat Ghazwani relèvent d’un système ou des hommes qui ont eu à gouverner le pays? Comment Ghazwani entend-il s’y attaquer ? Pourra-t-il faire mieux qu’Ould Abdel Aziz ?

La détermination du candidat Ghazwani à mettre fin aux inégalités et aux injustices, clairement affichée dans sa déclaration de candidature à la présidentielle, est tout à son honneur. C’est bien la première fois qu’un candidat issu du pouvoir formule avec force de telles intentions. Ce n’est pas rien. Quant à la manière de s’y attaquer, il en a lui-même esquissé une première ébauche dans son discours de candidature et je le cite : « Il comptera parmi nos priorités la prise en compte des injustices sociales ou économiques subies par une quelconque composante de notre cher peuple à travers son histoire. Pour cela, nous userons massivement de tous les mécanismes appropriés et propres à faire en sorte que chacun des leurs se sente digne et fier d’appartenir à notre chère patrie. »

Ces deux phrases résument tout un programme.

C’est pourquoi j’espère et je souhaite ardemment qu’il fasse mieux qu’Ould Abdel Aziz. D’ailleurs quel patriote mauritanien ne le souhaiterait-il pas ; y compris le président Aziz lui-même ?

En soutenant Ghazwani, vous allez travailler avec les partis de la majorité, en particulier, l ‘UPR. Quelle place occupera le courant de votre charte dans le dispositif de campagne ?

Nous allons travailler effectivement avec tous les soutiens du candidat, y compris les partis de la majorité présidentielle et l’UPR. Mon expérience et ma connaissance de la classe politique durant ces 15 dernières années, m’ont appris qu’à quelques exceptions près, les cadres de l’opposition et ceux du pouvoir présentent tant de similitudes dans leurs approches et leurs convictions au point d’être interchangeables. C’est dire que le milieu dans lequel nous évoluerons, ne nous sera pas complètement étranger. Ce qui compte le plus c’est la locomotive qui draine derrière elle toute la panoplie de ses soutiens. En ce sens, je crois que le candidat Ghazwani est un bon cheval de bataille pour remporter haut la main la prochaine présidentielle et j’espère bien qu’il saura toujours distinguer le bon grain de l’ivraie, durant sa campagne et une fois élu président de la République. Quant à la place qu’occupera le Courant de la Charte pour l’Egalité Citoyenne, je le laisse à la discrétion du candidat. Toutefois, soyez sûr que nous ne ménagerons aucun effort, où que soit notre place, pour le faire élire dès le premier tour de la prochaine présidentielle.

Certains se demandent pourquoi vous ne soutenez pas le candidat Biram ou Ould Boubacar. Que leur répondez-vous ?

Il est certain que les candidats dont vous avez parlé, sont des personnalités de grande envergure nationale. Certes, elles ont eu, dans leur parcours, des trajectoires politiques parallèles. L’un d’entre eux, en l’occurrence Ould Boubacar, est un apparatchik du système durant les 30 dernières années, qui a toujours pris fait et cause et épousé les positions de nos gouvernants sur les grandes questions qui agitent la scène politique nationale. S’il se présente aujourd’hui sous un jour nouveau, la crédibilité fait défaut. Le soutenir est à mon sens une caution pour les régimes antérieurs au sein desquels il fut premier ministre à deux reprises et président du Parti-Etat : le PRDS. Et comme je ne suis pas nostalgique de ces périodes obscures, je ne soutiendrai pas le candidat Ould Boubacar. Quant au second candidat, M. Biram Dah Abeid, je partage avec lui notre combat commun contre l’esclavage et pour une meilleure prise en compte des revendications des pauvres et des exclus, particulièrement la couche Haratine. Ces domaines d’action qui nous lient en tant qu’activistes de la société civile – avec ce que cela suppose comme devoir de solidarité et d’appui mutuels – ont toujours été circonscrits à ce niveau-là et n’ont jamais glissé vers le champ politique.

Ceci dit, je constate que, contrairement aux autres candidats, le candidat Ghazwani, malgré ses multiples sollicitations, a pris l’initiative de nous convier à une discussion franche. Le compte rendu de ces entretiens ayant été fait à nos amis qui ont décidé aussitôt de soutenir le candidat Ghazwani.

Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à créer le courant de la Charte pour l’Egalité Citoyenne?

En 2012, nous avons pris conscience que la problématique des Haratine n’a jamais été intellectuellement traitée et suffisamment analysée pour dégager les solutions idoines nous permettant de sortir de cette tragédie nationale. Cette prise de conscience a conduit, quelques mois plus tard, à la publication du MANIFESTE pour les droits politiques, économiques et sociaux des Haratines au sein d’une Mauritanie unie, égalitaire et réconciliée avec elle-même.

Dans le même sillage, nous avons pris conscience, au début du 2ème semestre 2018, de la nécessité de faire face à la logique de division et de différenciation et de notre peuple sur des bases raciales, éthiques, tribales, régionales ou suivant les strates des catégories sociales. Ce déchirement du tissu social qui semble s’accélérer, nous a incités à entreprendre la conception d’un document que nous avons titré CHARTE DE L’EGALITE CITOYENNE. Nous ambitionnons, à travers ce document, de susciter un sursaut national et un élan de patriotisme de tous les mauritaniens pour inverser cette tendance et s’unir sur l’essentiel.

C’est ainsi qu’est née le COURANT DE LA CHARTE POUR L’EGALITE CITOYENNE.

Qu’est-ce qui explique, à votre avis, l’échec de la tentative de l ‘AEOD à trouver un candidat de consensus ?

L’échec de la tentative de l’AEOD de s’unir derrière un candidat unique, est à mon avis dû aux agendas politiques divergents de ses membres. L’existence au sein de cette coalition de partis conservateurs comme Tawassoul et d’autres partis de gauche comme l’UFP, ne pouvait résister à l’épreuve de vérité que constitue une candidature unique à la présidentielle. Celle-ci présuppose l’élaboration d’un programme commun entre entités politiques idéologiquement divergentes. Ils ne sont unis que par leur opposition au régime d’Ould Abdel Aziz. A part cela, chacun a sa propre vision et ses propres calculs politiques. C’est vous dire que cet échec était tout de même prévisible…

Quand est-ce que cette charte a vu le jour ? Est-ce à dire que vous avez tourné la page du Manifeste dont vous êtes l’un des fondateurs?

Dans ma réponse à une question précédente, j’ai expliqué la genèse de cette charte. Loin de tourner la page du Manifeste, cette CHARTE ne fait que le renforcer en abordant les problèmes posés par le Manifeste sous un angle plus global en y incluant la dimension politique. Autrement dit, le MANIFESTE pour les droits des Haratines traite d’un problème social spécifique à une communauté alors que la CHARTE DE L’EGALITE CITOYENNE est un document politique qui présente une vision novatrice pour la Mauritanie de demain.

Propos recueillis par Dalay Lam

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